Marie, 36 ans, française, aime les matelas à eau et déteste l’aspartame


Tenir un tel magazine est parfois exaltant. Qui d’autre peut recevoir un e-mail disant « j’aimerais être interrogée pour parler de la jouissance que me procure la sodomie » qui ne parte pas directement dans le dossier Spam ? Mais commençons d’abord par quelques préliminaires…


Interview par Ian Lid. Photographies de Marie.

Ian : Quelle musique faut-il que je joue pour que tu aies envie de coucher avec moi ?

Marie : Pour coucher avec toi, il faudrait que je voie tes yeux. XX est un de mes choix du moment. Pas seulement pour les initiales.

Je crois que tu souhaitais nous parler d’un sujet particulier. Veux-tu nous en parler tout de suite ou préfères-tu quelques préliminaires ?

Je préfère les préliminaires pour préparer ce lieu secret.

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Je comprends, il faut faire monter le désir et entretenir le suspense. Peux-tu te présenter en quelques phrases ?

Je suis une fille romantique mais qui déteste les bouquets cucul la praline, animale et douce. J’aime écrire et jouir.

Est-ce que tu sais faire pipi debout ?

Non. Je le ferais peut-être sur un bateau face à la mer.

Bonne idée. Le premier orgasme dont je me souvienne, c’était en montant à la corde – je devais avoir 7 ou 8 ans et je ne savais même pas ce qui m’arrivait. Tu te rappelles du tien ?

Très bien. J’étais déjà une très grande fille, j’avais déjà eu des enfants. Un jour sur un matelas à eau, un homme m’a fait jouir de ses doigts. C’est lui qui a mis des mots sur cette étrange sensation. « Tu as joui, a-t-il dit », et je crois que j’avais déjà joui en accouchant mais je n’en suis pas sûre.

Et tu es sûre que tu n’avais jamais joui avant ?

Oui. Du plaisir, pas de jouissance, encore moins d’orgasme.

Qui était cet homme, si ce n’est pas indiscret ?

Un elfe qui coupait des poissons (sourire).

Voilà qui sort de l’ordinaire. C’était il y a longtemps ?

Trop tard dans ma vie.

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Et dirais-tu que ça a changé ta vie ?

Oui. Cela change ma vie. Je cherche quel est ce miracle, partout. Je suis comme devenue une vraie femme. J’ai pris confiance en moi. La jouissance est toujours un don merveilleux pour moi. Elle s’accueille dans le lâcher prise et avec d’autres.

Tu dis que tu es devenue une vraie femme. Est-ce que ça a été un déclic brutal, ou est-ce que ça a ensuite évolué linéairement ?

Cela a évolué doucement. Je me suis juste dit « comment ai-je fait pour vivre tout ce temps sans connaître ça ? ».

Est-ce que tu t’expliques ce changement d’une façon ou d’une autre ? Je veux dire, connais-tu la ou les raisons pour lesquelles tu n’avais pas eu d’orgasme avant ?

En partie dû à mon éducation, en partie dû à mon partenaire.

La religion, encore elle ?

Oui. Tu sais maintenant, mon plus grand rêve est que toutes le filles puissent jouir au moins une fois dans leur vie.

Comment est-ce que ça s’est passé, l’évolution, par la suite ? As-tu pris les choses en main, ou as-tu rencontré les bonnes personnes ?

Je ne me fais jamais jouir seule, si telle est ta question. J’aime trop partager cette intensité-là. Et oui, j’ai fait en sorte de rencontrer les bonnes personnes.

La question était surtout de savoir si tu t’étais documentée sur le sujet, si tu avais cherché à en savoir plus, ou si tu t’étais laissée guider par les bonnes personnes.

Je me documente encore. Je viens de lire un livre sur la jouissance et la philo. Je demande aux hommes comment leur vient ce lâcher prise. J’observe la jouissance quand je la vis, ou chez les autres.

Comment décrirais-tu un orgasme à quelqu’un qui n’en a jamais eu ?

La jouissance c’est un lâcher prise, un présent éternel de quelques secondes, une explosion ou une douce vague qui vous prend d’un coup.

Est-ce que depuis, il y a une expérience, quelque chose que tu as fait un jour, qui surpasse tout le reste dans tes souvenirs ?

Oui, une fois avec un inconnu dans une soirée. C’était magique, comme si nos corps parlaient le même langage. Mais j’ai plein d’autres souvenirs merveilleux.

Est-ce que tu jouis facilement, maintenant ?

Oui, facilement.

Violet a un faible pour la baise sur la plage. Et toi?

Du tout. Le sable, ça pique. J’aime le confort d’une chambre ou d’un lieu enveloppant qui me permet de lâcher prise.

Est-ce que tu as déjà fait l’amour à plus que deux ?

Oui.

Quelles “configurations” as-tu testé ?

Je n’aime pas trop parler technique avec des mots laids comme HHF et autres. J’aime les peaux qui se mêlent et l’échange. J’aime que les femmes ou les hommes présents aiment autant les hommes que les femmes. J’ai déjà eu deux hommes avec moi. Ou on a été deux femmes. Ou deux femmes et deux hommes…

HHF ne m’aurait pas trop parlé non plus. Est-ce que l’intelligence est excitante ?

Très. Indispensable pour moi. Ultra sexy.

Décidément, ça fait l’unanimité. Quelle est la chose la plus adorable qu’on t’ait jamais faite?

Venir me faire un coucou à la sortie de mon train, très tard. Juste un coucou, juste un aller-retour pour me voir cinq minutes. C’était géant. Puis un baisemain en pleine baise.

Et est-ce que parfois, la vulgarité est excitante ?

Entourée d’intelligence, oui.

Et les muscles et les tatouages ? Enrobés d’intelligence, bien sûr.

Je n’aime pas trop les muscles. C’est trop tendu. Je préfère les peaux souples. Les tatouages, why not.

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Quelle différence fais-tu entre érotisme et pornographie ?

Une immense différence. L’érotisme c’est faire de la place à l’imaginaire. La pornographie, c’est montrer. D’ailleurs un porno qui me plait est un porno où on voit les acteurs ou les amateurs prendre du plaisir.

As-tu des films à recommander à nos lectrices ?

Aucun, je ne retiens pas les noms. Et je préfère de loin lire des histoires ou des BD car cela laisse plus de place à mon imaginaire.

Est-ce que ta découverte de l’orgasme a changé ta façon de t’habiller ?

Oui. Je ne m’habille pas très sexy, genre Lady Gaga, mais j’aime mon corps alors je le montre par touche. L’érotisme des petits riens : un décolleté, un peu de cuisses, jamais tout à la fois.

Justement, parlons un peu de ton corps, si tu veux bien.

Je t’en prie.

J’ai lu chez mon coiffeur que le poil faisait un retour en grâce. Bonne ou mauvaise nouvelle ?

Bonne nouvelle pour moi. Mais chacun est libre et j’apprécie autant les sexes lisses que les sexes entretenus.

Mais pas les sexes sauvages ?

Je fais avec.

Est-ce que tu aimes tes propres odeurs corporelles ? L’odeur de ton sexe ?

Oui. Les odeurs sont érogènes. Tu m’aurais demandé ça il y a dix ans, je t’aurais répondu le contraire.

Est-ce que tu as des gros seins ?

Ils tiennent dans une main… Enfin, chacun dans une main.

Quand tu pars faire un jogging, ou un autre sport, c’est string ou culotte ?

Jamais de string. Sport ? Culotte de coton tout confort. Nan mais !

Quelle est la partie de ton corps que tu préfères ?

Mes jambes. J’ai l’impression de répondre à un mec sur un site de rencontre, là tout de suite (sourire).

C’est le but.

(Rire) Nan, ne me dis rien sur le rire.

Genre “J’aime ton rire” ?

Et femme qui rit… tout ça.

Je n’aurais jamais osé. Question culture, maintenant ! Est-ce que tu as vu le film Deep Throat ? As-tu des informations à me révéler à ce sujet ?

Non, je n’ai pas vu. Le dernier film que je viens de voir est sorti il y a 7 ans.

Deep Throat est sorti il y a 42 ans ! On t’a pourtant laissé le temps (rire).

Pff. Je ne suis pas cinéphile, tu as vu ?

Oh, je ne sais pas si c’est du ressort de la cinéphilie…

Je viens de regarder sur Google.

Il faut regarder le documentaire Inside Deep Throat en même temps.

Très intéressant. Je regarderai cela.

Ça nous donnera une occasion de t’interviewer une seconde fois.

(Rire)

Au fait, pas de masturbation, donc pas de sex-toys ?

Si, masturbation mais pas de jouissance. Nuance. Pas de sex-toys. Je n’aime pas trop l’aspartame. Surtout pas de piles ! Je n’aime pas les vibrations mécaniques

Orgasme, baise et masturbation, tu es un peu l’exception qui confirme la règle.

Comme pour le sujet qui nous intéresse, enfin je crois

Parlons-en. En Arabie Saoudite, la sodomie est punie de lapidation. N’est-ce pas un peu exagéré ?

Je suis ravie de ne pas y habiter.

Comment as-tu découvert la sodomie ?

Un homme qui m’a susurré à l’oreille, je veux tout de toi. Je l’aimais bien et je me suis dit que c’était une bonne occasion de tester. J’étais excitée par son gland au bord de mon étoile.

Est-ce que ça t’a plu dès la première fois ?

Oui.

Est-ce que c’est ce que tu préfères par-dessus tout ?

Oui. Mais pas toujours, pas avec tous et pas tout le temps. Mais c’est LE truc qui me fait le plus de whouaou !

Est-ce que tu peux décrire la différence avec des mots ?

La différence avec l’orgasme vaginal ?

Oui.

Cela me prend aux tripes, j’oublie tout, je voudrais que ce soit éternel, tout mon corps est sous l’emprise du plaisir. C’est difficile à expliquer comme ça. Regarde plutôt sur mon blog où j’ai écrit un petit article sur une magnifique jouissance anale. Quand je jouis, je suis mon corps.

Tu es donc capable de jouir sans autre stimulation ? Il me semble que c’est effectivement assez rare.

Oui, sans autre stimulation. Si on me caresse le clitoris à ce moment-là, ça m’est désagréable, même. Cependant, ce « on » n’est pas n’importe qui.

Y a-t-il des critères pour que “on” soit la personne qu’il te faut ?

Le désir, et il ne se commande pas.

C’est son charme. As-tu déjà beaucoup parlé de sodomie avec d’autres femmes ?

Non. Dans mon entourage quotidien, ce n’est pas envisageable. Si je voulais en parler ici, c’était justement pour dire combien cela peut être bon.

Nous prêcherons au mieux ta bonne parole.

Oh ! Je ne veux convaincre personne. Juste partager ce qui est bon.

Parfois, un peu de conviction ne fait pas de mal…

J’aime, le plaisir, le don, c’est ça ma conviction.

Si tu devais mourir demain, quelle dernière expérience érotique voudrais-tu vivre ?

Je voudrais passer la nuit avec un amant que j’aime et pouvoir jouir encore au petit matin.

Dernière question avant de se quitter (jusqu’à ce que tu aies vu Deep Throat) : crois-tu aux femmes-fontaines ?

Je n’ai jamais vu, mais oui je sais que cela existe. Par contre, je déteste toutes les blagues qui tournent autour de cela. Elles doivent se sentir comme des bêtes de foire.

Je ne connais aucune blague là-dessus. Ça tombe bien.

(Sourire)

Merci beaucoup pour cette interview comme je les aime.

Un grand merci à toi, c’était un plaisir de te répondre.

 

Retrouvez Marie sur son blog, à lire et relire sans modération – ça rend peut-être sourd mais ça ne fait pas grossir.

Promis !

 



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