Ingrid LaDouce, 40 ans, française, ne porte plus de culotte depuis qu’elle est sortie de ses 37 ans d’hibernation


Ingrid nous a contacté suite à notre désormais célèbre appel à candidatures. Elle a des choses à vous dire, et on vous recommande d’écouter. Son histoire nous ferait presque croire qu’il y a de l’espoir pour les participants à la Manif pour Tous. Si vous en connaissez, envoyez-leur donc cette interview ! Bon à savoir : Ingrid écrit sous le pseudo de Manganinnie.


Interview par Ian Lid & Violet Moon.

Ian : Bonjour Ingrid. Est-ce que tu sais faire pipi debout ?

Ingrid : Oui. En robe sans culotte c’est facile. Un pisse-debout m’amuserait pour créer un plus joli jet.

Tu es souvent en robe sans culotte ?

Toujours. Depuis 7 ans.

Dentelle

Dentelle, de Olivier Parent.

Que s’est-il passé, il y a 7 ans ?

Marre de rien trouver en 48. Après t’es accroc. Légèreté. Un paradoxe pour une obèse.

Et pourquoi il y a 7 ans particulièrement ? Y a-t-il eu un événement déclencheur ?

Le regard d’un homme, qui refaisait de mon corps un corps sexué. La nudité bien que cachée m’excitait. Mon corps n’était plus celui d’une mère. Mais celui d’une femme en devenir finalement.

Cette date correspond donc au moment où tu as décidé de reprendre en main ta vie sexuelle ?

La vraie date serait juillet 2013. Quand cet homme m’a avoué son amour. Et moi mon amour pour lui.

L’homme de l’atelier de peinture, n’est-ce pas ?

Oui. Le paradoxe est que cette amour longue distance – il vivait en Amérique – m’a octroyé le droit en quelque sorte de devenir corps sensuel. Cet amour platonique a créé la femme croqueuse d’hommes qui a suivi.

Peinture

Peinture, Vincent Fonf

Pourquoi t’es-tu proposée pour cette interview ?

Pour chanter les palettes de la sensualité. Pour que mes enfants n’aient pas à s’excuser d’aimer, de désirer, de vibrer. Pour mettre en valeur des personnes incroyables rencontrées grâce à la sexualité : des sexothérapeutes, des créateurs de jouets sensuels, des auteurs, des peintres, des photographes… Des personnes investies, attachantes et qui font avancer les choses progressivement. Des personnalités qui me bousculent aussi. Me font évoluer dans ma vie sensuelle.

Pour commencer, peux-tu te présenter en quelques phrases ?

39 ans, curieuse de tout ce qui tourne à la sensualité. Sensualité qui m’a rendue femme dans mon corps, mon cœur et mon âme. Par qui je m’exprime aussi : textes, photos, peinture… Sensualité qui me fait aujourd’hui aimer trois hommes et une femme. Impensable il y a deux ans et demi.

Bouche

Bouche, Vincent Fonf

Tu as pris un tournant radical dans ta vie. Parmi les “palettes de la sensualité” dont tu parlais juste avant, quel est le sujet qui te tient le plus à cœur ?

Rester dans le non-jugement face à ce que je ne comprends pas aujourd’hui, mais que je pratiquerai peut être demain (rire). D’un point de vue théorique, apprendre à chaque individu à respecter ses limites et celles de son partenaire. Je vois trop de personnes loin de leurs besoins et envies. C’est terrible. Cela peut toucher la collègue qui fait des fellations sans envie “pour que son mec n’aille pas voir ailleurs” comme l’homme qui va en club pour exciter sa femme… Le couple qui va me toucher va peut-être ne faire “qu’un” missionnaire une fois par mois mais les deux partenaires en seront comblés. Les libertins, SM, adeptes du fist, je m’en fous si leurs pratiques suivent des modes. Je n’arrive d’ailleurs pas à me définir sensuellement parlant. Je sors de l’Expo “Les Fragments de l’amour” où mes amis de l’atelier d’écriture ont performé. Jacques Derrida questionne dans une vidéo l’objet de notre amour. Aime-t-on l’être ou ce qu’il représente. Dans les pratiques, on retrouve ce questionnement. J’aime les sodomies ou j’aime être le cul le plus parfait selon mon amant du jour. Est-ce que j’aime cet acte ou est-ce son côté “à la mode” qui me comble. Je peux aussi adorer enfreindre des commandements religieux qui ont peut-être pourris ma jeunesse…. Une fois que je prends du recul intellectuellement, je peux être dans le ressenti

Et toi, parviens-tu désormais à être conforme à tes envies, à rester indépendante des modes et des influences extérieures ?

J’ai hiberné pendant 37 ans, aujourd’hui j’ai l’éternité pour me découvrir. Ma curiosité me guide. Mais je pense être relativement libre dans mes choix. Même si un libre arbitre absolu n’existera jamais. Je n’ai pas voulu être poly amoureuse par exemple. Mon cœur a parlé… Je vibre comme une enfant de douze ans pour une femme depuis juillet. Là encore aucun plan. Elle m’a fait tourner la tête. On découvre la bisexualité ensemble. Petit à petit.

Est-ce qu’il y a une expérience, quelque chose que tu as fait un jour, qui surpasse tout le reste dans tes souvenirs ?

Co-créer un sex-toy alors que j’en ai une collection de fou ! Aimer un homme sans doute d’un avenir : un miracle chez moi ! Écrire un texte érotique et le lire devant 6 personnes hors contexte d’écrits polissons.

Ça n’a pas dû être facile !

Oui, ce soir j’ai lu un texte sans concessions devant deux inconnus et quatre personnes qui aiment écrire. Tu aurais vu leurs yeux. Extra.

Bravo à toi. C’est très courageux.

J’aime bousculer un peu les codes. Questionner l’amour et le corps, le désir et les sentiments devant eux a été top. Une jeune femme est venue me dire qu’elle avait adoré. Et que cela lui donnait envie de reprendre la plume. Un compliment top, non?

Effectivement ! Qu’as-tu ressenti, pendant… et après ?

Pendant l’écriture un kiff absolu : celui de mettre en mots mes envies du moment. Quelques réflexions aussi. Pendant ma lecture, je me demandais si c’était juste et pas “trop”. Après : la zénitude. Là, deux heures après, je ne vois que mes imprécisions et autres fautes de syntaxe (rire). Pas simple d’écrire sous contraintes en écriture presque libre et en seulement trente minutes. Voici le texte.

C’est un très beau texte ! Pas mal du tout pour 30 minutes. Et ce sex-toy, il est mieux que tous ceux de ta collection ?

Pas mieux mais c’est énorme de créer son jouet. De passer du plan au réel. De le tester.

Comment décrirais-tu un orgasme à quelqu’un qui n’en a jamais eu ?

Déjà, on arrête de mettre la pression aux hommes et aux femmes. À force de chercher sa deep zone, son point G, son orgasme vaginal, etc., on ne frémit même plus quand notre partenaire nous caresse la main.

Ce n’est pas faux. Mais je ne parle pas de point G ou autre détail technique, juste d’un orgasme, quel qu’il soit.

Je peux jouir sur une musique, en sentant l’odeur de mon homme sur son oreiller. De mille manières. L’orgasme n’est apparu chez moi qu’il y a peu de temps. Grâce aux sex-toys puis à mes explorations. Seule et en couple. Je définis chez moi cinq orgasmes différents. Trois ont été découverts grâce à un amant exemplaire, par hasard. Je coule en fontaine depuis peu et j’adore ça. Je suis comme une gosse qui joue avec un nouveau bolide. J’ai orgasme “fontaine”, celui qui me bouscule du sexe au cou, celui qui explose et se dissout. Cet après-midi, j’ai enchainé un orgasme, une fontaine, un autre orgasme plus long et une fontaine intense. Par chance, ces cris sont sur le répondeur de mon chéri que j’appelais en même temps – il adore m’écouter, nous ne vivons pas ensemble. Je pars dans le plaisir sans objectifs. Si je jouis mais n’orgasme pas, c’est cool. Si je ne sens rien ce n’est pas grave, et si je fonce dans de nouvelles sensations, c’est top.

Cinq orgasmes différents, tu rattrapes bien le temps perdu !

Ouiii. La danse, le yoga m’aident à me connecter plus intensément à mon ressenti.

Quel est l’histoire de ton premier sex-toy ?

Un gode vibrant noir. Il a comblé 18ans de quasi abstinence avec le père de mes enfants.

Un truc super beau et hors de prix. Un jour j’ai voulu connaître le goût des baisers, des peaux, du sperme, de la sueur. Et j’ai découvert les hommes, le libertinage, le BDSM, le polyamour. L’envie d’écrire des textes érotiques, de poser pour des peintres ou des photographes. L’envie de rejoindre l’aventure B.Sensory, LeBisou, Nouveaux Plaisirs. Créer mon jouet et surtout garder l’esprit ouvert. Animer un atelier pour Piment Rose. Mettre en lien mes amis et connaissances. Faire avancer le regard porté sur la sexualité féminine, le sexe et le handicap… Bref jouer le colibri de Pierre Rabhi à mon échelle et dans ce domaine…

Orchidée magicienne

Orchidée magicienne, dont Ingrid a été co-créatrice

Et tout ça à cause d’un simple gode vibrant noir ? On n’estime pas assez le pouvoir de ces objets !

Oui tu as raison. Cet objet a réveillé ma féminité puis s’est trouvé limité. Du coup je suis revenue à l’essentiel: l’humain.

Tu dis que tu as découvert l’orgasme récemment. Tu ne t’es jamais masturbée quand tu étais enfant ?

Le plaisir je le connaissais à 7-8 ans mais les orgasmes non. Je fais partie de la génération à qui on disait que “cela rend sourd”. Le sexe était évoqué via les MST ou la reproduction (détaillée anatomiquement). La notion de plaisir n’existait pas. Je me rappelle de quelques tapes sur les mains pour cause de self-câlin… J’avais déjoué la sévérité maternelle en créant un clown de ma taille en cours de couture. Clown que j’embrassais et sur lequel je me frottais.

Ingrid petite

Ingrid petite

Mais jamais jusqu’à l’orgasme ?

Non. Jusqu’à la jouissance. L’orgasme c’est le gode vibrant noir qui l’a créé. Ensuite les hommes.

Quelle différence fais-tu entre la jouissance et l’orgasme ? Ces deux termes sont généralement utilisés comme synonymes.

Chez moi, je distingue les deux. En gros, jouissance je crie mais je suis en mode explosif. Quand j’orgasme tout s’arrête et j’explose et implose. Un truc démentiel.

Et tu en as cinq comme ça ? Dans ce cas, beaucoup de filles n’ont peut-être jamais connus l’orgasme…

D’après mon chéri polyamoureux et libertin j’ai une palette de ressentis assez impressionnante. D’après une amie sexothérapeute, je connais juste très bien mon corps, ce que chaque femme peut explorer. Je ne voudrais pas être née homme parce que j’aurais peur de ne pas goûter à autant de plaisir. Et surtout j’adore jouir sans que cela ne se détecte. Mon dernier texte parle de ça. Quand tu sens le parfum de ton partenaire et que là, bling, ton sexe coule, tu tressailles et tu as la chair de poule. Miam j’adore. Clarissa Rivière parle des jouissances dues à l’écoute de certaines musiques de manière divine sur son blog… Je jouis peu ainsi. L’idée c’est de se laisser guider par ses sens. Ne pas s’intellectualiser. Vivre et non rêver. Ou alors vivre ses rêves (rire).

Et est-ce que tu aimes tes propres odeurs corporelles ? L’odeur de ton sexe ?

Oui, surtout avant d’être pénétrée. Je sens vite l’odeur de sexe qui coule. Beaucoup d’hommes en sont fous. Le plus mignon est un homme barbu qui adore se frotter à ma sexe. Histoire de me “sniffer” toute la journée. On m’a parfois demandé de me masturber dans la voiture juste pour que mon odeur y reste un peu. Véridique et très très sensuel. Avec le SMS de retour disant que les une heure trente étaient passées rapidement avec mon parfum… J’aime me lécher aussi quand je me masturbe. Mes fluides me plaisent: cyprine, fontaine, salive… Par contre, l’uro et le scato ce n’est pas encore pour aujourd’hui… Un jour peut-être au gré de mes envies. Pour moi les odeurs ont une place de choix dans la sensualité. Je me souviens d’un homme qui sentait si bon que je reniflais mes cheveux longs pour le sentir. Et ce n’était pas du parfum mais bien son odeur corporelle. Il s’en amusait, d’ailleurs. Il y a aussi le parfum que l’autre évoque. Un amoureux dit que je suis un jasmin. Depuis il en a chez lui… On projette beaucoup de soi et de l’autre via ce sens.

J’ai lu chez mon coiffeur que le poil faisait un retour en grâce. Bonne ou mauvaise nouvelle ?

Emmanuelle Julien vient de sortir une superbe série intitulée Poilorama sur ce sujet. Je vous la recommande. Les modes ne m’intéressent pas. Les réflexions sur le pourquoi on se rase, elles, me plaisent. Si cette mode du poil peut aider monsieur tout le monde à être comme il le souhaite ce sera cool. Personnellement, mes deux groupes d’hommes fantasmés sont l’Africain sans aucun poil et le roux barbu et poilu ! Les opposés (rire).

Et voici notre dernière question. Si tu devais mourir demain, quelle dernière expérience érotique voudrais-tu vivre ?

Le tantra. Aborder la dimension spirituelle de l’énergie sensuelle : un programme passionnant. Nathalie Giraud organise un week-end en février sur ce thème. J’y serai… Espérons que je serai encore vivante après…

Espérons ! Merci pour cette interview !

(NDLR : Ingrid y est allé depuis l’interview, elle est toujours en vie)



One Comment

  1. Eddy wrote:

    Superbe interviw 🙂
    Merci pour la petite pub pour le jeu LeBisou 🙂

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